Les premiers panneaux de l’Agneau Mystique bientôt restaurés Auteur: A. François (avec Steven Van Campenhout)

ven. 13/05/2016 - 12:48 A. François (avec Steven Van Campenhout) La restauration du célèbre retable des frères Jan et Hubert Van Eyck (15e siècle), l’Agneau Mystique, est un travail de bénédictin qui nécessite plus de temps et d’argent que ne l’avaient escompté les spécialistes en 2012. Après plus de 3,5 ans de travail, la dernière étape de la première phase de restauration est bientôt terminée. Les 8 panneaux pourront retourner dans la cathédrale Saint-Bavon de Gand (Flandre orientale). Les deux autres phases de restauration du retable prévues pourraient également prendre plus de temps que planifié.

Les boîtes de peinture utilisées par les restaurateurs qui travaillent depuis des mois à la retouche de panneaux du retable de l’Agneau Mystique ressemblent au matériel utilisé par les enfants d’école maternelle. Mais il s’agit d’aquarelles de haute qualité pour restaurer l’œuvre des frères Van Eyck, mondialement connue.

Les restaurateurs utilisent de l’aquarelle parce qu’ils attachent beaucoup d’importance au principe de réversibilité. Tout ce que les spécialistes appliquent aujourd’hui sur les panneaux du retable peut être enlevé facilement par leurs successeurs, dans 50 ou 100 ans, si ces derniers le jugent opportun.

Mais l’aquarelle a un désavantage : elle est mate. Pour se rapprocher de l’éclat de la peinture à l’huile utilisée par les frères Jan et Hubert Van Eyck, les restaurateurs terminent les retouches avec des pigments et une résine synthétique.

Les restaurateurs du 21e siècle ne sont pas des peintres qui, comme les peintres-restaurateurs de plusieurs siècles passés, repeignent entièrement des œuvres d’art d’autrui. "Quand nous retouchons, nous ne le faisons jamais sur l’original. Nous nous limitons aux parties endommagées, aux lacunes", explique Bart Devolder (photo), l’un des huit restaurateurs de l’atelier qui travaille sur l’Agneau Mystique.

Les experts opèrent avec des pinceaux très fins et des lunettes microscopiques, afin de ne toucher en aucun cas à l’original (photo). Un travail de bénédictin, mais qui est aussi la phase la plus agréable du travail de retouche, affirment les spécialistes. "Cela procure beaucoup de satisfaction, parce qu’on peut obtenir de gros résultats avec de minuscules retouches. Lorsque nous passons au pinceau dans une lacune, nous voyons subitement toute une zone du tableau qui reprend vie".

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Les cadres de bois sont également restaurés

D’ici fin juin, les huit premiers panneaux de l’Agneau Mystique devraient être entièrement restaurés. Il sera alors difficile de se rappeler à quoi ressemblaient ces peintures il y a un peu plus de trois ans. La différence entre les couleurs jaunies et sombres d’avant la restauration et les œuvres d’art actuelles, nettement plus claires et remplies de vitalité et de profondeur est en effet immense.

Les restaurateurs ont encore un mois et demi pour terminer toutes les retouches, puis appliquer une couche de vernis pour protéger les œuvres, et enfin les placer dans les cadres en bois d’origine, également restaurés. Ces derniers sont également presque prêts. La couche de peinture brun foncé, presque noir, a été enlevée. Elle cachait une très belle couche de peinture d’origine, comprenant un motif de pierre.

Les restaurateurs terminent là aussi les retouches. La couleur plus claire des cadres aura certainement une grande influence sur l’aspect d’ensemble du retable en la cathédrale Saint-Bavon.

Le spécialiste Jean-Albert Glatigny (voir video ci-dessous)  travaille aussi à la stabilité des cadres. Là où c’est nécessaire, il prépare de nouveaux petits blocs de bois de quelques centimètres seulement, qui entrent parfaitement dans les fentes qui rendent le cadre d’origine instable.

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Vers une rénovation inachevée de l’Agneau Mystique ?

Pendant les travaux de restauration des 8 premiers panneaux du retable, les experts sont tombés sur quelques surprises qui ont nettement influencé le timing et le budget du travail. A l’origine, il était en effet prévu de terminer la restauration en 2017, mais cette date a été repoussée à fin 2019. On a trouvé un budget supplémentaire pour rénover le célèbre retable vieux de 400 ans.

Mais qu’en est-il des panneaux qui devraient être restaurés pendant les deuxième et troisième phases du projet ? A l’heure actuelle, il n’y a qu’un budget de base disponible, qui suffit pour enlever la saleté et le vernis jauni, et rafraichir certaines anciennes retouches.

Mais qu’arrivera-t-il si, avec l’aide des technologies les plus modernes, on retrouve là aussi une couche de surpeint ? Et que fera-t-on des cadres de bois ? Il semble logique que les cadres des panneaux intérieurs au moins soient remis à neuf, tout comme ceux de la face extérieure. Mais qui financera cette restauration ?

Il ne paraît pas irréaliste que la restauration du retable prenne davantage de temps qu’escompté et que son budget enfle. Personne ne veut cependant en parler à l’heure actuelle. Le sujet est tabou.

Les restaurateurs renvoient à Ludo Collin, chanoine de la cathédrale Saint-Bavon et représentant de la fabrique d’église. Ce dernier s’en tient au planning d’origine, affirmant qu’il ne reste actuellement que l’argent prévu pour les phases 2 et 3 de restauration, et pas un centime de plus. Demander à nouveau de l’argent au gouvernement flamand ou à des sponsors privés ne serait pas facile.

Quoi qu’il en soit, on peut imaginer qu’une moitié de la restauration reste inachevée et de couleur plus sombre, alors que l’autre moitié serait plus claire grâce aux retouches. Pourrait-on concevoir d’exposer en 2020 dans la cathédrale gantoise un Agneau Mystique seulement à moitié restauré ?

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Lancée en octobre 2012, la restauration de l’œuvre des frères Van Eyck a été divisée en trois phases et devait durer 5 ans, pour un budget total de 1.350.000 euros. Pendant la première phase, les 8 panneaux extérieurs ont été enlevés du retable. Rapidement, il est apparu que le travail serait plus compliqué qu’escompté.

En juin 2013, les experts découvraient une couche de surpeint, datant du 17e siècle, recouvrant une grande partie du polyptyque. De la main d’un peintre inconnu, cette couche de vernis jaunâtre modifiait l’esthétique et l’iconographie. Sur le conseil d’une commission internationale d’experts, on décida alors de parfaire la restauration des 8 premiers panneaux. Avec un budget accru de 150.000 euros. Il fallait aussi 500.000 euros supplémentaires pour enlever la vieille couche de surpeint.


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