Albert II : de frère cadet à bon-papa Tino Auteur: Anne François

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dim. 21/07/2013 - 07:47 Anne François Le souverain a fait son entrée dans les livres d’histoire comme le sixième roi des Belges. Mais qui est l’homme qui se cache derrière la fonction royale ? Un frère cadet, un mari et un père, un amant avec une fille illégitime et un grand-père, dont la vie privée n’a pas toujours été harmonieuse.

Albert Felix Humbert Théodore Christian Eugène Marie, prince de Liège, a vu le jour le 6 juin 1934 au château du Stuyvenberg, comme second fils du roi Léopold III et de la reine Astrid (photo), née princesse de Suède. Il est le frère cadet de Joséphine Charlotte (°1927) et de Baudouin (°1930).

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Albert n’avait qu’un an lorsqu’un drame frappa la famille royale belge. Sa mère, Astrid, perdit la vie le 29 août 1935 dans un accident de voiture, à Küssnacht en Suisse. Elle avait 29 ans. Ses trois enfants, âgés alors de 8, 6 et 1 an, furent confiés à des gouvernantes, puis à la nouvelle épouse du roi, Lilian Baels.

Son enfance fut également marquée par la Seconde Guerre mondiale, qui éclata lorsqu’Albert n’avait que 6 ans. Avec sa sœur et son frère, il passera une grande partie de sa jeunesse à l’étranger (France, Espagne, Allemagne, Autriche, Suisse). La libération de la famille royale, le 7 mai 1945 en Allemagne par les Américains, sera suivie par de fortes divergences de vue entre le monarque et le gouvernement belge de l’époque (la "question royale"), qui oblige la famille royale à s’exiler en Suisse, jusqu’en 1950.

Le 31 juillet 1950, Léopold III se retire et transmet ses pouvoirs à son fils aîné, Baudouin. Le grand frère d’Albert deviendra roi des Belges le 17 juillet 1951, au lendemain de l’abdication de son père. Le nouveau roi a alors 20 ans, Albert en a 17.

Une ravissante Italienne entre dans sa vie

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Lors de la cérémonie d’intronisation du pape Jean XXIII, en 1958 à Rome, Albert qui avait alors 21 ans fit la connaissance de Paola Ruffo di Calabria, une ravissante jeune femme issue d’une très ancienne famille princière italienne. "Nous étions faits l’un pour l’autre", déclarera il y a quelques années la reine Paola, après que le couple ait pourtant vécu de réelles crises.

En 1959, Paola était présentée au peuple belge. Elle atterrit à l’aéroport de Zaventem, où Albert et son père le roi Léopold III, mais aussi toute la presse, l’attendaient. "Le charme et la beauté de la princesse blonde venue du sud conquirent rapidement le cœur des Belges", écrivirent les journaux à l’époque.

Le 2 juillet 1959, le jeune couple se mariait à Bruxelles, et non pas à Rome. Le prince de Liège s’était pourtant rendu auprès du pape pour lui demander une célébration de l’union à Rome, mais sous la pression du gouvernement belge Jean XXIII refusa. Les noces furent suivies par une foule importante, qui s’était massée autour de la cathédrale Sainte-Gudule à Bruxelles, et l’événement fut retransmis à la télévision. Paola, émue aux larmes, prononça le "oui" crucial.

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Très vite, trois enfants naquirent de l’union princière. Philippe vint au monde en avril 1960, suivi par Astrid en 1962 et Laurent en 1963. C’est à cette époque qu’Albert fut également nommé président d’honneur du conseil d’administration du Service belge au Commerce extérieur.

Le prince et la princesse de Liège se rendirent ainsi souvent à l’étranger. "Ce sont les contacts qui me passionnent le plus", expliquait Albert lors d’une de ses missions. Les trois enfants restaient en Belgique et s’éloignèrent progressivement de leurs parents.

Crises conjugales

Au milieu des années 1960, Albert commença à voyager de plus en plus souvent seul. Des rumeurs circulaient à propos d’aventures extraconjugales des deux époux. Albert et Paola (photo) s’installèrent d’ailleurs dans deux parties différentes du château de Belvédère et les papiers pour un divorce étaient même déjà prêts.

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Mais au cours des années 1980, le couple se réconcilia. Selon les différentes sources, ce serait feu le roi Baudouin, frère ainé d’Albert, et le cardinal Suenens qui auraient œuvré à cette réconciliation. Astrid, la fille très croyante du couple, aurait aussi ramené ses parents l’un vers l’autre par le biais du Renouveau Charismatique - un mouvement reconnu de l’Eglise catholique.

En 1999, un livre consacré à la reine Paola et écrit par le jeune étudiant flamand Mario Danneels rappela à quel point la crise conjugale avait pesé lourd sur le couple, en faisant ressurgir un secret public : Albert a eu avec la baronne Sybille de Sélys-Longchamps une relation qui a duré 18 ans et donné naissance, en 1968, à une fille illégitime, Delphine Boël (photo).

Mais Albert II refuse encore toujours de reconnaître officiellement cette fille. Juste après la parution du livre de Mario Danneels, le roi défendit d’ailleurs son mariage avec Paola. Il surprit la population en déclarant, dans son message de Noël 1999 : "La reine et moi-même avons repensé à la crise que notre couple a traversée, il y a 30 ans. Cette période de crise nous a d’ailleurs été remise en mémoire tout récemment. Nous souhaitons ne pas nous exprimer à ce sujet. Il s’agit de notre vie privée".

Le couple semble aujourd’hui réellement ressoudé et uni, comme en ont témoigné notamment des marques de tendresse de Paola envers son époux lors de récentes apparitions publiques.

Mais soutenue par sa mère, la baronne de Selys-Longchamps, Delphine Boël (qui est aujourd’hui aussi mère de 2 enfants) continue à réclamer une reconnaissance officielle par son père. En juin dernier, elle citait d’ailleurs le roi Albert II, le prince Philippe et la princesse Astrid à comparaître devant la justice. A 45 ans, l'artiste belge espère ainsi obtenir une analyse de l'ADN de Philippe pour prouver qu'il est son frère et par ce biais faire établir qu'elle est bien la fille naturelle d’Albert.

Le mutisme absolu du Palais royal dans cette affaire a jeté une ombre sur la personnalité joviale du roi et sa réputation tardive d’être très attaché à sa famille.

Un roi jovial et un grand-père ému

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A la suite du décès inopiné du roi Baudouin, à l’été 1993, Albert et Paola furent appelés à régner. Albert II se sentit rapidement à l’aise dans sa nouvelle fonction, et se révéla un souverain jovial, accessible qui, selon beaucoup de citoyens, est davantage un "homme du monde" que son prédécesseur, son frère Baudouin profondément croyant. Les initiés racontent que lors d’audiences officielles, le roi n’hésitait jamais à faire une blague.

Les visites d’adieu d’Albert II et Paola à Gand, Eupen et Liège, pendant la dernière semaine de leur règne, ont une nouvelle fois démontré à quel point les souverains aiment le contact avec la population. Un contact qui les émeut parfois jusqu’aux larmes.

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Mais la plus grande fierté des souverains qui prennent aujourd’hui leur retraite - « Je constate que mon âge et ma santé ne me permettent plus d'exercer ma fonction comme je le voudrais », expliquait le souverain le 3 juillet dernier -. sont assurément leurs 12 petits-enfants.

La princesse Astrid et l’archiduc Lorenz ont 5 enfants : Amedeo (°1986), Maria Laura (°1988), Joachim (°1991), Luisa Maria (°1995) et Laetitia Maria (°2003). Philippe et Mathilde de Belgique élèvent 4 enfants : Elisabeth (°2001), dorénavant héritière au trône, Gabriël (°2003), Emmanuel (°2005) et Eléonore (°2008).

Quant au prince Laurent et son épouse Claire Combs, ils sont les fiers parents de Louise Mary (°2004) et des jumeaux Nicolas et Aymeric (°2005). Ces douze enfants appellent leurs grands-parents, avec tendresse, "bon-papa Tino et bonne-maman Lita".