Carte blanche: "Pourquoi je ne porte plus le foulard ?" Auteur: Sarah Aouni - Traduction : Eric Steffens

lun. 17/07/2017 - 10:30 Sarah Aouni - Traduction : Eric Steffens Sarah Aouni portait le foulard depuis ses 12 ans. A 21 ans, elle a décidé de l’enlever. Aujourd’hui elle s’interroge, pourquoi avoir porté ce voile si longtemps, était-ce la pression sociale, le "qu'en-dira-t-on" ou alors autre chose ? Elle a publié cette carte blanche sur le site deredactie.be.

Sarah Aouni habite à Anvers. Elle possède un master en psychologie clinique, elle a aussi suivi une formation d’enseignante et a fait un post graduat en médiation et assistance. Ces dernières années, elle a surtout travaillé comme enseignante en psychopédagogie.

Presque partout dans le monde, existe cette règle tacite qui veut qu’il faut toujours faire attention à ce que pensent les voisins. Cela peut concerner un tas de choses : la tenue douteuse que vous portez, la voiture d’occasion que vous venez d’acheter, jusqu’aux mèches dans vos cheveux.

Que vont penser les voisins ? "QVPLV" est une peur qui nous empêche de commettre des tas de choses dans la vie.
J’y ai été confrontée pour la première fois lorsqu’à 21 ans j’ai décidé de ne plus porter de foulard.

Après six mois de réflexion j’en suis arrivée à la conclusion que le port du foulard ne faisait plus partie de mon identité. Ce ne fut pas un choix fait à la légère car je portais le foulard depuis mes 12 ans déjà.

Le plus difficile n’aura pas été de le dire à mes parents mais bien de faire mes premiers pas sans ce foulard dans la rue. Je me sentais toute nue aux yeux de la communauté comme Eve qui fait ses premiers pas au paradis. Après avoir écouté tous mes arguments, ma mère n’a rien trouvé d’autre que d' ajouter : "Que vont dire les voisins ?"

L'amour paternel

Arrivée à la porte de la maison j’ai pensé à la réaction des voisins, que vont-ils penser ? Vont-ils me regarder comme si je venais d’une autre planète ? Ou la confrontation sera-t-elle plus directe ?

Mon père est arrivé alors dans le hall d’entrée et m’a dit qu’il avait aussi l’intention de sortir. Il ouvrit la porte de la maison et me prit la main. Et c’est avec mon père, lui qui quelques instants plus tôt émettait des doutes sur mon choix, que je sortis dans la rue.

L’amour paternel me donna le sentiment que j’étais protégée du regard des autres. N’étais-je pas redevenue cette adolescente persuadée que tout le monde regardait ce morceau de tissu que je portais alors fièrement pour la première fois à l’extérieur ?

Aujourd’hui, 7 ans plus tard, je subi encore parfois le "QVPLV". Je me rends compte à quel point c’était une erreur de calquer ma vie sur les idées des autres.

Le fait de porter ou non le foulard est devenu souvent un sujet de polémique dans l’actualité. Ce sujet est jeté dans le débat par de nombreux hommes politiques par les féministes et par des faiseurs d’opinion.

Le burkini

L’interdiction du burkini est l’exemple même de la manière dont les hommes politiques peuvent se tromper complètement. Obliger des femmes à enlever une partie de vêtements lorsqu’elles vont nager ne peut tout de même pas devenir la norme.

Il va de soi que le fait de porter le foulard doit être un choix et que cela signifie beaucoup pour la personne qui le porte.

Pression sociale

Beaucoup vont parler de pression sociale externe pour qualifier le  "QVPLV", mais selon moi cette peur vient aussi de notre éducation et est en nous à cause de ceux qui nous ont élevés. Le fait qu’ils n’aient pas hontes de nous ou n’entendent pas de mauvaises choses sur nous est pour certaines personnes essentiel. On se voit dans le miroir de l’autre.

Nos parents ont tant fait pour nous. Chez les enfants de migrants ce sentiment est encore plus fort. Lorsque vos parents ont dû tout sacrifier pour votre avenir quoi de plus normal que de construire votre vie comme ils l’auraient imaginée pour vous.

Mais les enfants grandissent et font d’autres choix que ceux de leurs parents.

Double vie

Lorsqu’on ne trouve pas chaussure à son pieds on peut la changer pour une autre à sa taille. Si certains choisissent de suivre un chemin différent, beaucoup d’autres n’hésitent pas à mener une double vie.

On parle alors d’hypocrisie, ceux qui veulent à tout prix sauvegarder les apparences. Il y a les faux croyants qui n’appliquent pas la religion comme il se doit, des artistes de rue passionnés qui disent à leur parents qu’ils poursuivent leurs études à l’université ou une lesbienne qui n’ose pas affirmer ses préférences sexuelles.

Dans un monde idéal tout le monde pourrait choisir d’être celui qu’il veut, sans pression extérieure, ni contrôle, ni angoisse.

Peut-être cela pourrait vous aider à moins penser à "QVPLV" ?