Il y a 20 ans, Julie et Mélissa disparaissaient à Grâce-Hollogne Auteur: J.A. (avec Belga)

mer. 24/06/2015 - 12:24 J.A. (avec Belga) Samedi 24 juin 1995, il y a 20 ans, deux fillettes disparaissaient à Grâce-Hollogne, en région liégeoise. Julie Lejeune et Mélissa Russo avaient huit ans. Leurs corps sans vie seront retrouvés 14 mois plus tard à Sars-la-Buissière, enterrés dans le jardin d'une maison appartenant à Marc Dutroux. Face à une opinion publique plus remontée que jamais, l'affaire au retentissement inouï a révélé les nombreuses carences de l'appareil judiciaire. On lui doit des réformes qui ont sensiblement changé l'organisation de la police et de la justice.

Marc Dutroux a été condamné le 22 juin 2004 par la cour d'assises d'Arlon à la réclusion à perpétuité avec mise à disposition du gouvernement pendant 10 ans. Il a notamment été reconnu coupable de l'enlèvement, la séquestration et le viol de Julie et Mélissa, An Marchal, Eefje Lambrecks, Sabine Dardenne et Laëtitia Delhez ainsi que de l'assassinat des quatre premières et de Bernard Weinstein.

Sa femme, Michelle Martin, a écopé de trente ans de prison et son complice Michel Lelièvre de 25 ans. Michel Nihoul, un homme d'affaire bruxellois, s'en est sorti avec cinq ans de prison pour trafic de drogue et association de malfaiteurs.

Le 26 octobre 2010, la chambre du conseil de Neufchâteau a refermé le dossier "bis", ouvert pour permettre notamment l'analyse de quelque 6.000 cheveux et autres traces retrouvés dans les maisons et véhicules du psychopathe. Ce dossier n'a pas permis d'identifier de nouveau suspect, enterrant la thèse d'un réseau pédophile.

Une histoire atroce qui ébranla la Belgique toute entière

Si une page s'est tournée à la fin du "procès du siècle", plusieurs questions subsistent, notamment sur les sévices infligés à Julie et Mélissa alors qu'elles étaient enfermées dans la cache de Dutroux et sur la manière dont elles sont mortes. Tout au long de l'enquête, les parties civiles n'ont cessé de dénoncer les errements du système répressif belge, mobilisant la population.

La contestation populaire a atteint son sommet le 20 octobre 1996, lorsque 300.000 personnes vêtues de blanc sont descendues dans les rues de Bruxelles pour réclamer une police et une justice plus efficaces. Cette Marche blanche (photo) reste le plus grand rassemblement de l'Histoire de la Belgique d'après-guerre.

A cette occasion, Jean-Luc Dehaene, alors Premier ministre, s'était engagé à prendre une série de mesures pour améliorer le fonctionnement de la justice et sanctionner sur le plan disciplinaire les personnes fautives. Il avait également promis la création d'un centre national pour enfants disparus, que l'on connaît aujourd'hui sous le nom de Child Focus.

Dans la foulée, une commission parlementaire a été mise en place. Les auditions, retransmises en direct par les chaînes de télévision, ont connu un audimat "de pointe" de 700.000 téléspectateurs. Dans leurs conclusions, les députés ont confirmé des lacunes et des dysfonctionnements lors de l'enquête, principalement un manque de coordination et une concurrence malsaine entre les différents services de police. La commission, qui a exclu l'existence de protections, a aussi émis des recommandations quant à une nouvelle organisation judiciaire.

Réforme et démissions

Il faudra toutefois attendre la brève mais interpellante évasion de Marc Dutroux un an plus tard pour que des réformes aboutissent. L'événement a valu la démission des ministres de la Justice, Stefaan De Clerck, et de l'Intérieur, Johan Vande Lanotte.

VRT

Les mois suivants, une police intégrée à deux niveaux (la police locale et la police fédérale) est organisée. Les polices communales et brigades de gendarmerie disparaissent. La Loi Franchimont modifie la procédure pénale pour prendre davantage en compte les victimes et mieux les informer. Celles-ci peuvent dorénavant demander des devoirs d'enquête complémentaires et être entendues lors d'une demande de libération conditionnelle. En 1999, un Conseil supérieur de la justice est créé pour dépolitiser la magistrature. Un tribunal d'application des peines, chargé notamment d'examiner les demandes de libération, voit le jour en 2007.

L'instauration d'une école de la magistrature, également envisagée, est en revanche passée à la trappe. Les sanctions disciplinaires promises n'ont quant à elles jamais été prises. Des procédures ont bien été entamées mais soit aucune faute n'était avérée, soit les faits étaient prescrits, soit les poursuites ont été considérées comme nulles pour violation des droits de la défense.